Rapports Des Activités De la CCFA

Situation et perspectives du Monde Arabe: quelles opportunités pour la France

Country CCFA, enero 27, 2011

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M. Hervé de Charette : « il y a beaucoup de possibilités pour la présence de nos PME dans les pays arabes »

  


  Ouvrant les travaux de cette rencontre, le Secrétaire général de la Chambre de commerce Franco-Arabe, Dr. Saleh Al-Tayar, a estimé que la vague de changement qui a secoué le monde arabe en 2011 a surpris plus d’une personne et mis les responsables dans l’incapacité de réagir aussi vite qu’il le fallait, d’imaginer la portée de ce mouvement, de savoir s’il était capable de répondre aux attentes des population, ou de savoir qui en cueillerait les fruits.

  Face à cette incapacité à prévoir ces événements plusieurs pays, dont la France, ont estimé qu’il « fallait considérer cette vague de soulèvement comme une marche vers la démocratie et la liberté, estimant que si le peuple était descendu dans la rue, c’était pour rejeter une condition sociale qui le prive des ses besoins matériels les plus élémentaires en plus de sa privation de liberté et de démocratie et qu’il fallait, à ce titre, la soutenir et l’accompagner ».

  Toutefois le secrétaire général de la CCFA a considéré qu’il était légitime de se demander, un an après le début de ce soulèvement, sur l’avenir des changements qui se sont opérés dans certains pays et sur la capacité des responsables en place de poursuivre leurs actions dans une situation de crise économique mondiale aigue.

  Pour terminer, Dr. Al-Tayar, s’est demandé si « dans cette marche vers la démocratie et la liberté, l’on pouvait laisser de côté la question palestinienne et la question de la paix entre Israël et le monde arabe ». Comme il s’est demandé si les Etats-Unis ne cherchaient pas à tirer profits de ce mouvement même s’ils n’ont pas été les initiateurs de ce soulèvement. Et enfin comment les pays européens vont-ils réagir face à la résurgence de régimes islamiques sur l’autre rive de la Méditerranée.

  Concluant son intervention, Dr. Al-Tayar, a rappelé que l’histoire nous apprend que toutes les « révolutions traversent des temps difficiles avant de retrouver leur vraie identité », et qu’il faut attendre avant de dire si ces mouvements ont opéré de vrais changements de régimes ou un simple changement de personnes ».

  Après cette séance d’ouverture, une premier table ronde sur le thème « Politique et diplomatie : changements et continuité » présidée par M. Denis Bauchard, à M. Patrice Paoli, ambassadeur et directeur ANMO au MAE, M. Pascale Boniface, directeur de l’IRIS et M. Nicolas Sarkis, directeur du Centre arabe d’études pétrolières d’exposer leurs analyses et d’esquisser les perspectives des changements en cours.
 
  Ouvrant cette séance, M. Denis Bauchard a rappelé que le « printemps arabe » avait pris racine il y a tout juste un an. « Il y a un an, tout le monde était euphorique car tout semblait se dérouler très bien », a-t-il dit. « Mais aujourd’hui la situation économique est difficile et avec elle un climat difficile s’installe et c’est pour cela qu’il faut faire une évaluation de la situation aussi objective que possible ».

  Pour M. Patrice Paoli, « il y a un an, on était dans la stupéfaction, on ne croyait pas ce qui se passait et on cherchait des explications. Le printemps arabe nous a révélé un monde éprit de liberté et qu’il était capable d’inventer une nouvelle façon de se soulever. Une révolution sans brûler de drapeaux, sans chefs charismatiques, une marche vers la démocratie et la liberté d’une nouvelle génération ».

«la France est engagée auprès de la population pour la liberté et la démocratie»

  Rappelant que beaucoup de monde avant avait adhéré à un schéma simpliste, un schéma où l’on croyait que « les régimes en place défendaient nos intérêts et se plaçaient en rempart contre les islamistes ». M. Paoli a admit qu’on avait tord d’adhérer à cette idée. Il a estimé que l’on était aujourd’hui dans une vague de fond qui suscite l’espoir, un mouvement de jeunes qui suscite l’enthousiasme, mais il y a des incertitudes et des craintes. Incertitudes quand à savoir si l’on était en situation de guerre civile en plus de la crainte suscitée par la montée du communautarisme. M. Paoli a rappelé, par ailleurs, que la France était engagée auprès de la population pour la liberté et la démocratie et que la position de la France était claire : « Nous parlons à tout le monde du moment qu’il admet les principes de la démocratie et accepte la non violence ». Toutefois, il a averti qu’il fallait rester vigilent et mobiliser pour prendre part à la solution des problèmes de la population.

  Par ailleurs, dans ce mouvement vers la liberté et la démocratie, M. Paoli a estimé que l’on ne peut pas laisser de côté le problème palestinien et qu’il « faudrait activer les démarches pour arriver à une solution qui prévoit la création d’un Etat palestinien et en même temps garantir la sécurité d’Israël ».

  Pour finir M. Paoli a estimé que ces mouvements de transitions sont une chance, « c’est un mouvement de longue haleine mais c’est une occasion aussi pour nous de revoir notre façon de regarder ce monde et de revoir notre façon de travailler avec lui ».

  Prenant la parole, M. Nicolas Sarkis s’est demandé Pourquoi on en est arrivé là ? Rappelant que le monde arabe a connu le multipartisme et la démocratie, M. Sarkis a estimé que l’on assiste depuis 30 ans à une régression des libertés publiques dans ce monde. « Il y avait une presse libre, des régimes démocratiques » mais petit à petit l’opposition entre laïques s’est transformée en opposition entre parties religieux. « La population du monde arabe en 1960 comptait 100 millions d’habitants, aujourd’hui elle en compte 350 millions, entre temps le chômage a grimpé et le déficit alimentaire à progressé » a-t-il dit. Par ailleurs, M. Sarkis a estimé que le monde arabe et l’Europe sont des partenaires et à ce titre ils doivent collaborer ensemble, « c’est un impératif dans de nombreux domaines économiques et sécuritaires ». Toutefois cette coopération ne doit pas se limiter à faire du simple commerce, elle doit porter sur le développement de projets vitaux comme l’énergie a-t-il souligné.

  Pour tous ceux qui soutiennent « que le printemps arabe a surpris tout le monde », le directeur de l’IRIS, Pascal Boniface, a rappelé que « par définition les révolutions ne préviennent pas » poursuivant que c’est un faux procès contre la France que de dire qu’elle n’a rien vu venir, « mais qui aurait dit que le 14 janvier 2011 Ben Ali prendrait l’avion pour s’en fuir ? » s’etait-il demandé.

  Pour le directeur de l’IRIS, le processus de la révolution « n’est pas linéaire, donc il ne faut pas être catastrophé dès que le mot islamique est prononcé ». Rappelant à cet égard que l’église était l’étendard du soulèvement en Pologne dans les années 80. Par ailleurs M. Boniface a estimé que la démocratie n’est pas un produit exportable mais un produit local, soutenant que « la démocratie d’aujourd’hui en Tunisie vaut mieux que celle instaurée en Irak ». Il a estimé qu’il y avait une contradiction à vouloir la démocratie et refuser en même temps le résultat qui sort des urnes.

  Terminant son intervention, M. Boniface a estimé que « le monde bouge partout », mais que l’on voit partout ausi que les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il y a une onde de choc qui secoue le monde et qui a pour cause, essentiellement, l’alphabétisation, le taux de pauvreté et l’ADN politique dans chaque pays. « Mais chaque pays a sa propre histoire et vit sa révolution à son rythme » a-t-il dit. Quant à la politique française, M. Boniface a estimé qu’elle a changé et qu’il y avait aujourd’hui une volonté de « vouloir dialoguer avec tout le monde et de prendre en compte les positions de toutes les parties ».

  Cette première table ronde a suscité un débat vif, riche et intense entre les participants et les intervenants et permis de clarifier certaines questions qui touchent à la compatibilité entre les valeurs européennes et celles qui se font jour dans les pays en changement, ou encore si les régimes immobiles pouvaient résister longtemps à cette vague de fond, ou enfin si les résultats des élections dans les pays sur l’autre rive de la Méditerranée ne suscitaient pas la crainte ?

  A toutes ces interrogations, les intervenants ont tenté d’apporter des réponses claires et précises. Indiquant que nos valeurs ne sont pas à exporte, ils ont estimé néanmoins qu’il fallait veiller à ce les valeurs qui émergent soient « partagés et non imposés ».

  « Economie et finance : craintes et attentes » La deuxième table ronde, présidé par M. Serge Degallaix, ambassadeur, a abordée le thème « Economie et finance : craintes et attentes », et offert l’occasion aux quatre intervenants : M. Jean-Paul Betbèze, chef économique au Crédit agricole, M. Jérôme Fessard directeur général de Verralia, M. Chekib Nouira, président de l’Institut arabe des chefs d’entreprises, et M. Christophe Lecourtier, directeur général d’Ubifrance, de mettre l’accent sur les conséquences économiques du printemps arabe sur les économies de ces pays et sur les entreprises françaises qui y sont installées et de souligner les attentes des nouveaux dirigeants des pays amis et voisins. Ouvrant les débats, M. Degallaix a souligné que la justice, c’est avant tout la justice sociale, et que si les pays en révolte avaient acquis, avant le soulèvement, un certains degré de développement et de croissance, les attentes touchant à l’emploi et à l’égalité étaient loin de se réaliser. M. Degallaix a estimé par ailleurs que ces attentes sont toujours là et que si elles ne sont pas satisfaites l’on pourrait assister à quelque chose de nouveau ? Quelque chose dont-on ignore encore le contour. Pour l’économiste, Jean-Paul Betbèze, « en finances il n’y a aucune attente, il y a toujours des craintes ».

Aujourd’hui, il faut désendetter tout le monde, les états, les banques et les entreprises. Et les mots clés dans cette opération générale de désendettement sont « la gestion du temps et des attentes ». Estimant que l’Europe est aujourd’hui la zone économique la plus fragile dans le monde avec des prévisions de croissance autour de 0%, M. Betbèze a indiqué que les craintes sont là. Il s’est demandé si dans ces conditions « le printemps arabe était le bienvenu, puisque la finance aime le calme », ou si le printemps arabe n’était pas un facteur déstabilisateur supplémentaire pour la finance. Mais, contre toute attente, la réponse à ce questionnement est plutôt positive, puisque M. Betbèze estime que « nous avons besoin de ce monde nouveau, avec qui nous sommes alliés. Ce monde qui va nous consolider en se consolidant lui-même ».

Donc il y a espoir. Pour l’industriel, Jérôme Fessard, le processus industriel mise sur le temps, pour cela il faut raisonner sur le long terme, mais si on se trompe les conséquences peuvent être dramatiques. M. Fessard a indiqué que son groupe a investi en Egypte, aux E.A.U, au Liban et au Maghreb et qu’il garde tous les espoirs sur ces marchés prometteurs. Prenant la parole, M. Nouira, a indiqué que tout le monde a été surpris par la révolution, à commencer par les islamistes eux-mêmes. Les craintes des premières heures de ce mouvement concernaient, l’insécurité et la rupture et les attentes regardaient vers la démocratie et la dignité. Aujourd’hui, les élections du 23 octobre resteront une fierté pour tous les Tunisiens. Sur le plan économique, M. Nouira a indiqué, qu’il y a des secteurs qui marchent très bien et d’autres en difficultés. La croissance est toujours positive et fait surprenant, les exportations sont en progression.

Quand à l’avenir, M. Nouira a indiqué que 80% des échanges de la Tunisie se font avec l’Europe et tout spécialement avec la France et de ce fait, il a soulevé des craintes sur les relations de son pays avec l’Europe surtout en cette période électorale et de crise économique généralisée. Quand à M. Christophe Lecourtier, il a estimé que l’enjeu pour les années à venir pour les PME françaises, était avant tout leur présence à l’étranger. C’est dans cette optique que les réformes engagées en 2008 à Ubifrance se sont focalisés pour favoriser la connaissance des marchés étrangers pour les PME. M. Lecourtier a indiqué par ailleurs que le nombre des entreprises françaises qui exportent vers la Tunisie sont en nette augmentation, alors qu’en Egypte il y avait un gel complet des opérations et un attentisme en ce qui concerne la Libye.

Il a terminé son intervention en indiquant que ces marchés restent la priorité pour Ubifrance et cela se comprend, ajouta-t-il, puisque les prévisions de la croissance en Europe affichent un taux de 0%. Après cette table ronde, Mme Dina Kawar, doyenne du corps diplomatique arabe et ambassadeur de la Jordanie en France et M. Hervé de Charette, président de la Chambre de commerce franco arabe, ont conclu les travaux de cette rencontre. Pour la doyenne du corps diplomatique arabe, « il ne faut pas avoir peur du printemps arabe et en même temps il ne faut pas être naïf ». Elle a estimé qu’il faut du temps pour que les sociétés avancent mais que « pendant ce temps l’aide des Etats Européens pour ces pays était importante ». Quand au président de la CCFA, M. hervé de Charette, il a indiqué que la « roue de l’histoire s’est mise en marche après un long immobilisme…elle tourne et avance dans la bonne direction », a-t-il dit. Toutefois, le président de la CCFA a indiqué que tout n’est pas parfait, « en Egypte, en Libye, il y a des difficultés », mais il y avait beaucoup de possibilités pour la présence de nos PME dans les pays arabes. Concluant son intervention, M. de Charette a indiqué que la tradition française « veut que nous soyons plus présents sur la scène politique que sur la scène économique, il est temps que ce décalage cesse » a-t-il dit.

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